Jean Puy. " La couleur, si engageante,
captivante, ensorceleuse, enjoleuse, ravissante, il semble qu'on
ne pourra jamais s'en rassasier..."
Jean Puy. "Colours ! Engaging, captivating,
bewitching, coaxing, entrancing, ravishing colours ! It seems
we'll never stop feasting our eyes on them…"
« L’épithète «
Fauve » ne fut jamais acceptée par les peintres
fauves (…). C’est Vauxcelles qui inventa le nom.
Nous exposions au Salon d’Automne ; Derain, Manguin, Marquet,
Puy et quelques autres étaient accrochés ensemble
dans une des grandes galeries (…). Tout un groupe travaillait
dans cet esprit (…). Plus tard, chacun renia, selon sa
personnalité, la partie du Fauvisme qu’il trouvait
excessive, en sorte de suivre son propre chemin. »
Henri Matisse, Ecrits et propos sur l’art, 1952.
"The attribute "Fauve" was never
accepted by the so-called Fauvist painters. (…) It was
Vauxelles who invented the word. We were exposing at the Salon
d'Automne : Derain, Manguin, Marquet, Puy and a few others were
exposed together in one of the large galleries. (…) A
whole group was working with the same ideas in mind (…).
Later on, every one, according to his own personality, disavowed
the part of Fauvism which he thought excessive, in order to
follow his own path."
Henri Matisse, Ecrits et propos sur l'art, 1952
Né en 1876 à Roanne (Loire) dans
une famille d’industriels, Jean Puy entre à 19
ans à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon. Il apprend
le dessin et la peinture dans l’atelier de Tony Tollet.
En 1898, il s’installe à Paris. Après une
première expérience décevante à
l’Académie Jullian, il s’inscrit à
l’Académie Camillo, où il travaille dans
l’atelier qu’anime Eugène Carrière.
Born in 1876 in Roanne (Loire) from a family
of manufacture-owners, Jean Puy joins the Ecole des Beaux Arts
(fine arts school) in Lyon at the age of 19, where he attends
Tony Tollet's drawing and painting lessons. He moves to Paris
in 1898, has a deceiving first experience at the Académie
Jullian and registers at the Académie Camillo, joining
Eugène Carrière's work-shop.
Jean Puy y fait la connaissance de Derain, Marquet
et Matisse, avec qui il se lie d’amitié. Entre
1899 et 1905, ils travaillent ensemble dans l’atelier
de Biette, de Manguin ou de Jean Puy. Avec eux (et avec Camoin,
rencontré en 1903), Jean Puy commence à exposer
au Salon des Artistes indépendants (à partir de
1900), à la galerie Berthe Weill et au Salon d’Automne
(à partir de 1904).
Dans la même période, il découvre la Bretagne,
qui sera, toute sa vie, un sujet de prédilection ; il
apprend à naviguer avec Signac et acquiert son premier
bateau.
There, Jean Puy meets Derain, Marquet and Matisse,
with whom he becomes friends. Between 1899 and 1905, they work
together in either Biette's, Manguin's or Jean Puy's studio.
With them (and Camoin, met in 1903), Jean Puy begins to expose
at the Salon des Artistes Indépendants (starting in 1900),
at the Berthe Weill's gallery and at the Salon d'Automne (starting
in 1904).
During the same years, he discovers Brittany. It will remain
a place of stay all through his life, and a favorite subject
of his paintings; he learns sailing from Signac and purchases
his first boat.
Au salon d’Automne de 1905, le groupe
de jeunes peintres réuni autour de Matisse - «
l’élément entraînant qui réunissait
les élans », selon la formule de Jean Puy - accède
soudain à la notoriété, avec des toiles
où l’usage de la couleur, du trait et la simplification
de la forme font scandale. Le critique Louis Vauxcelles les
baptise « Fauves ». Il écrira plus tard :
« Les historiens de l’art contemporain (…)
ne sont pas d’accord quant au nom des vrais Fauves. Ceux-là
seuls sur lesquels aucune hésitation n’est possible
sont les noms de Vlaminck, Derain, Matisse, Marquet, Puy, Manguin,
Friesz, Dufy, Camoin. »
The Fauvists and the Salon d'Automne
At the Salon d'Automne in 1905, the group formed around Matisse
– "the cheering element who united our impulses",
as Jean Puy defined him – suddenly becomes notorious,
for paintings whose colours, lines and simplified forms create
scandal. The art-critic Vauxelles stamps the term, calling them
"Fauves". Later on, he will write : "Contemporary-art
historians disagree on who composed the actual Fauvist group.
The only names we are absolutely sure of, are those of Vlaminck,
Derain, Matisse, Marquet, Puy, Manguin, Friesz, Dufy and Camoin."
L’Illustration fait écho au « scandale »
en reproduisant plusieurs des tableaux exposés, dont
Flânerie sous les pins de Jean Puy, qui est accompagné
de ce commentaire de Vauxcelles : « M. Puy, de qui un
nu au bord de la mer évoque le large schématisme
de Cézanne, est représenté par des scènes
de plein air, où les volumes des choses et des êtres
sont robustement établis. »
Les années d’apprentissage.
L'illustration relates the "scandal"
and publishes reproductions of a few exposed paintings, among
which Jean Puy's Flânerie sous les pins ("strolling
through pine woods"), together with Vauxelles's comment
: "Mr. Puy, whose nude at the seashore reminds us of Cézanne's
wide schematism, is presenting outdoor scenes where the volumes
of things and beings are strongly established."
Après le Salon, Ambroise Vollard –
le premier marchand à avoir cru en Cézanne et
à avoir exposé Picasso – passe avec Jean
Puy un contrat verbal. Dès 1905, il lui achète
une grande partie de sa production – à des prix
bien supérieurs à ceux qu’obtiennent alors
Derain, Vlaminck, Van Dongen ou Picasso. Et ce, jusqu’en
1926, date à laquelle Jean Puy reprend sa liberté
« sans cesser les rapports courtois ». C’est
Vollard qui l’incite – comme il le fait avec Matisse,
Derain, Vlaminck et Rouault – à s’initier
à la céramique avec André Metthey ; il
lui demandera ensuite d’illustrer des livres qu’il
écrit ou publie (Le Père Ubu à la guerre,
Le Pot de fleurs de la mère Ubu, Le Déjeuner de
l’évêque, Candide).
Following the Salon, Ambroise Vollard –
the first art-seller to believe in Cézanne and expose
Picasso – makes a verbal deal with Jean Puy : as of 1905,
he will acquire a large part of Jean Puy's production –
at a much higher price than offered to Derain, Vlaminck, Van
Dongen or Picasso. This agreement will last until 1926 –
when Jean Puy recovers his freedom "without losing courteous
relationships". Vollard himself, as he did with Matisse,
Derain, Vlaminck and Rouault, urges Puy to learn ceramics from
André Metthey; and later on, asks him to illustrate books
(Le Père Ubu à la guerre, Le pot de fleurs de
la mère Ubu, Le Déjeuner de l'évêque,
Candide).
À partir de 1908, Jean Puy alterne expositions
personnelles (galerie Vollard, galerie Eugène Blot, galerie
Bernheim-Jeune) et participation à des expositions dans
le monde entier (Vienne, Berlin, Budapest en 1907, Moscou en
1908, Prague, Budapest, Londres et Düsseldorf en 1910,
New York, Chicago, Rome, Boston et Gand en 1913…). Il
est considéré comme un maître. Des écrivains
comme Apollinaire, Carco ou Klingsor, des critiques comme Arsène
Alexandre, Coquiot, Morice, Mermillon suivent et admirent son
travail.
After 1908, Jean Puy alternates between exhibitions
of his own work (Vollard's, Eugène Blot's, Bernheim-Jeune's
galleries) and participations in exhibitions throughout the
world (Vienna, Berlin, Chicago, Rome, Boston and Gand in 1913…).
He is considered as a master. Writers such as Apollinaire, Carco
or Klingsor, critics such as Arsène Alexandre, Coquiot,
Morice or Mermillon follow and admire his work.
De l’épreuve de la guerre de 1914-1918
– bien que réformé, il s’est engagé
–, il sortira meutri : « J’ai eu soif de combattre
pour la Patrie, écrit-il, et j’en suis rassasié
(…) Si l’on m’avait parlé de quatre
ans de travaux forcés, j’en aurais été
sidéré (…) L’imbécillité
ignominieuse de la discipline militaire en général
dépasse tout ce que l’on peut rêver. »
During World War I, although discharged for health,
Jean Puy signs up. He comes out battered and bruised : "I
was eager to fight for the Country, and I have had my fill (…).
If I had been told it was to be four years of prison and hard
labor, I wouldn't have believed it (…) The ignominous
stupidity of military discipline is beyond dreams."
« Il ne s’arrête pas à
l’extériorité de l’objet ou du modèle,
il en pénètre l’émotion intime. »
Dans l’entre-deux-guerres, il vit et travaille à
Paris, mais aussi en Bretagne – où il séjourne
chaque été –, dans le Midi et le Pays roannais,
où réside sa famille. Après avoir rompu
avec Vollard, il passe contrat avec les galeries Bernheim et
Dru. Il expose aussi chez Druet, Eugène Blot, Berthe
Weill, Charpentier, au Salon d’Automne, au Grand Palais
(« Trente ans d’art indépendant »),
au Musée des Arts décoratifs, au Petit-Palais
(« Les Maîtres de l’art indépendant
»), mais aussi à Venise (Exposition internationale
des Beaux-Arts), Stockholm, Bristol (« French Modern Exhibition
»), Prague… Son frère, le critique d’art
Michel Puy – qui a publié en 1907 dans La Phalange
la première étude sur les Fauves – lui consacre
en 1920 une monographie (aux éditions de la NRF) , où
il écrit : « On le croirait gai et il est très
tourmenté (…). Ses sujets, quand ils semblent simplement
empruntés au réel, rentrent dans une composition
longuement méditée. Il ne s’arrête
pas à l’extériorité de l’objet
ou du modèle, il en pénètre l’émotion
intime. »
"He never stops at the outside of an object
or model, but penetrates their inner emotion."
During the 20's and 30's, Jean Puy lives and works in Paris,
and also in Brittany where he spends summers, as well as in
the Midi and in the Roanne region where his family is settled.
After his break-up with Vollard, he signs contracts with Bernheim's
and with Dru's galleries. He also exposes at Druet's, Eugène
Blot's, Berthe Weill's, Charpentier's, as well as in the Salon
d'Automne, the Grand Palais ("Trente ans d'art indépendant"),
the Musée des Arts décoratifs, the Petit Palais
(Les Maîtres de l'art indépendant"), and also
in Venice (Fine Arts International Exhibition), Stockholm, Bristol
("French Modern Exhibition"), Prague… His brother
Michel – an art-critic who, in 1907 in La Phalange, wrote
the first study paper on the Fauvists – publishes a monography
on Jean Puy at the NRF in 1920 (1), where he writes : "One
would think this man joyful but he is tormented. (…) His
subjects, as captured from reality as they seem, enter in a
composition that has been meditated at great length. He never
stops at the outside of an object or model, but penetrates their
inner emotion."
En 1939 – Jean Puy a alors 63 ans –,
la déclaration de guerre le conduit à accepter
l’invitation de sa sœur Madeleine Vindrier à
Roanne, où il demeurera jusqu’à sa mort,
travaillant une partie de l’année dans son atelier,
l’autre le plus souvent en Bretagne. Il continue à
se rendre régulièrement à Paris pour visiter
ses amis, avec qui il échange une correspondance abondante.
Il expose chez Charpentier, Le Garrec Cordier, à la galerie
de France, et au salon d’Automne. Ses toiles sont présentées
à New York, Alger, Minneapolis, San Francisco, Dallas,
Berlin, Toronto, New Delhi, Turin et Londres enfin (avec Marquet),
l’année avant sa mort.
In 1939 – Jean Puy is 63 years old –
the war declaration incites him to accept an invitation from
his sister, Madeleine Vindrier, to settle in Roanne, where he
resides until his death, working in his studio during part of
the year, and spending the other part mostly in Brittany. He
continues to pay regular visits to Paris and his friends, with
whom he also keeps in touch through an abundant mail. He exposes
at Charpentier's, Le Garrec-Cordier's, at the Galerie de France
and the Salon d'Automne. His paintings are presented in New
York, Algiers, Minneapolis, San Francisco, Dallas, Berlin, Toronto,
New Delhi, Torino, and finally London (with Marquet), the year
before his death.
Le 6 mars 1960, il décède à
Roanne, trois mois après son frère Michel Puy.
He dies on March 6, 1960, three months after
his brother Michel.
« Il est arrivé une fâcheuse
mésaventure à Jean Puy, écrit au lendemain
de sa mort Jean-Paul Crespelle. Apprécié par les
plus grands peintres, par les meilleurs critiques, bénéficiant
d’un contrat avec Vollard, ce sourcier de l’art
moderne, son œuvre a disparu. Elle est devenu une valeur
clandestine.»
"A distressing mishap happened to Jean Puy,
critic Jean-Paul Crespelle wrote the day after Puy's death.
Appreciated by the greatest painters, praised by the best critics,
cuddled by his contract with Vollard – the water-diviner
of modern art –, his whole work has vanished from sight.
It has now become an underground asset."
Une rétrospective au musée Marmottan
Retrospective at the Marmottan Museum (Paris,
October 2004 – January 2005)
Près d’un demi-siècle plus
tard, l’œuvre de Jean Puy commence à sortir
de cette clandestinité. Des expositions récentes,
comme celle du musée de Lodève et du Palazzo Bricherasio
de Turin (« Les Fauves et la critique ») en 1999,
et l’année suivante de Barcelone (« Les Années
Fauves ») ou du Musée Joseph Déchelette
à Roanne (« Jean Puy, l’après-midi
d’un Fauve »), ont permis de remettre Jean Puy à
sa place parmi ses pairs.
Parallèlement, le travail de recherche, initié
il y a un quart de siècle par Suzanne Limouzi et Louis
Fressonnet-Puy, a conduit à la publication, en 2000 et
2001, des deux tomes du catalogue raisonné de l’œuvre
peint .
Almost half a century later, Jean Puy works are
beginning to come out in bright light again. Recent expositions,
such as the Lodève museum's and the Palazzo Bricherasio's
in Torino ("Fauvists and the critics") in 1999, or,
in 2000, the Barcelona exhibition ("The Fauvist Years")
or the Musée Déchelette's in Roanne ("Jean
Puy – l'après-midi d'un Fauve"), have enabled
Jean Puy to regain his place among his peers.
Meanwhile, the research work initiated by Suzanne Limousi and
Louis Fressonnet-Puy has led to the publication, in 2000 and
2001, of the catalogue raisonné – two volumes for
the paintings only (2).
Premier événement marquant la célébration
du centenaire du Salon de 1905 où naquit le Fauvisme,
la rétrospective Jean Puy qui s’est tenue d’octobre
2004 à janvier 2005 au Musée Marmottan-Monet à
Paris est une nouvelle étape importante de la redécouverte
de ce « Fauve discret ».
First event to celebrate the centenial of the
Salon d'Automne which revealed Fauvism in 1905, the Jean Puy
Retrospective at the Musée Marmottan in Paris was another
important step in the new discovery of this "discrete Fauvist".
1. La monographie de Michel Puy est rééditée
cette année par Thoba’s Editions.
2. Les Amis de Jean Puy/Thoba’s Editions. Le catalogue
des dessins, en préparation, devrait être publié
en 2006.
(1) Michel Puy's monography of Jean Puy was re-published
in 2005 by Thoba's Editions and the Fonds Jean and Michel Puy.
(2) Les Amis de Jean Puy / Thoba's Editions. The catalogue raisonné
of drawings will be published in 2007-2008.